Depuis que j’ai installé Home Assistant sur mon homelab, c’est devenu le truc que j’ouvre le plus souvent après mon terminal. Pas pour jouer avec des lumières colorées (même si c’est tentant), mais pour savoir si la chaufferie tourne bien, si l’imprimante 3D a fini sa pièce, ou si le surpresseur d’eau a encore besoin d’un coup de pouce.

Voici comment j’ai mis en place tout ça, de l’installation sur Proxmox jusqu’aux automatisations que j’utilise vraiment au quotidien.

Pourquoi Home Assistant ?

J’avais déjà quelques appareils connectés : des thermostat Netatmo, une Freebox, un NAS Synology, une imprimante Brother. Chacun avec son application, ses notifications, sa propre logique. Le résultat, c’est que je ne surveillais rien. Je voyais les problèmes quand c’était trop tard.

Home Assistant, c’est l’inverse : un seul tableau de bord, tout au même endroit, avec la possibilité de créer des règles entre les appareils. Et surtout, c’est open-source et auto-hébergé. Mes données restent chez moi.

Prérequis

Pour faire tourner Home Assistant correctement, il vous faut :

  • Proxmox fonctionnel (ou un autre hyperviseur, mais Proxmox rend la vie plus facile)
  • 4 Go de RAM minimum pour la VM (8 Go si vous voulez être tranquille)
  • 2 vCPU suffisent largement
  • Une adresse IP statique réservée dans votre DHCP (Freebox, box opérateur, etc.)
  • Docker si vous voulez installer des composants additionnels (moi j’ai Docker sur une VM séparée, pas sur HA)

Si vous débutez avec Proxmox, je vous renvoie vers mon article sur k3s qui explique les bases de l’hyperviseur.

Installation de HAOS sur Proxmox

La méthode la plus simple pour installer Home Assistant OS sur Proxmox, c’est le script tteck/Proxmox. Il automatisé tout le processus de création de la VM.

Depuis la console Proxmox, lancez :

bash -c "$(wget -qLO - https://tteck.github.io/Proxmox/install/haos-vm.sh)"

Le script vous demande les paramètres de la VM : numéro, nom, taille du disque, RAM, CPU. Pour ma part, j’ai alloué 4 Go de RAM et 2 vCPU, ça tourne sans problème.

Une fois l’installation terminée, récupérez l’IP de la VM depuis la console Proxmox et ouvrez-la dans votre navigateur. Vous tombez sur l’assistant de configuration de Home Assistant. Créez votre compte administrateur, choisissez votre fuseau horaire, et c’est parti.

Première connexion : le tableau de bord

Après la création du compte, Home Assistant lance un scan automatique du réseau pour découvrir les appareils compatibles. C’est là que ça devient intéressant : si vous avez des appareils sur le même réseau, ils apparaissent directement.

De mon côté, j’ai vu apparaître :

  • Les thermostat Netatmo de chaque pièce
  • La Freebox (avec l’état du réseau WAN)
  • Le NAS Synology (CPU, RAM, températures des disques)
  • L’imprimante Brother (niveaux de toner, compteur de pages)

Certains appareils ont besoin d’un composant HACS (Home Assistant Community Store) pour être intégrés. HACS, c’est le marketplace communautaire qui ajoute des centaines d’intégrations non officielles. Je vous recommande de l’installer en premier.

Ce que je surveille concrètement

Aujourd’hui, j’ai environ 15 appareils connectés à Home Assistant. Voici ce que je surveille vraiment :

Le chauffage (6 pièces)

J’ai un thermostat Netatmo dans chaque pièce : salon, cuisine, salle à manger, chambre parentale, et les deux chambres d’enfants. Chacun est en mode “auto” avec un planning adapté.

Ce que ça change concrètement, c’est que je peux voir d’un coup d’œil si une pièce est trop chaude ou trop froide, et ajuster depuis mon téléphone. Plus besoin de se lever pour chaque réglage.

L’imprimante 3D (OctoPrint)

Mon imprimante 3D est connectée via OctoPrint à Home Assistant. Je peux voir la température de l’extrudeur et du plateau, le pourcentage d’avancement de l’impression, et surtout la caméra en temps réel.

Quand je suis au travail et que l’impression tourne, je jette un œil sur le flux caméra pour vérifier que tout va bien. Si la première couche est bonne, c’est bon signe.

Le NAS Synology

Le NAS est critique pour mes sauvegardes. Home Assistant surveille :

  • L’utilisation CPU et RAM
  • La température des disques
  • L’état de santé des baies
  • L’espace utilisé sur le volume

Si un disque commence à chauffer ou que l’espace se réduit, je suis prévenu. C’est rassurant.

La météo locale

J’ai une station Netatmo indoor/outdoor qui remonte la température, l’humidité, le CO2 et la pression atmosphérique. Les données sont croisées avec les prévisions Open-Meteo pour la région.

Le surpresseur d’eau

C’est un cas un peu particulier. Mon surpresseur DAB est connecté via l’intégration DAB Pumps. Je surveille la pression, le débit, la consommation électrique, et l’état de la pompe.

J’ai même créé une scène “Power Shower” qui augmente temporairement la pression pour les douches. Simple mais efficace.

L’imprimante Brother

Les niveaux de toner (noir, cyan, magenta, jaune), l’état du tambour, le compteur de pages. Quand le toner noir descend sous les 20%, je recommande directement. Fini les surprises.

Premier automation : concrètement

La première automatisation que j’ai créée, c’était pour le surpresseur. Le principe : activer le mode “Power Shower” quand quelqu’un prend une douche (basé sur un capteur), et le désactiver après 30 minutes.

En YAML, ça ressemble à ça :

automation:
  - alias: "Boost Douche"
    trigger:
      - platform: state
        entity_id: sensor.surpresseur_pumpstatus
        to: "Running"
    condition:
      - condition: time
        after: "06:00:00"
        before: "22:00:00"
    action:
      - service: select.select_option
        target:
          entity_id: select.surpresseur_powershowerboost
        data:
          option: "+ 40"
      - delay: "00:30:00"
      - service: select.select_option
        target:
          entity_id: select.surpresseur_powershowerboost
        data:
          option: "--"

Le plus beau, c’est que j’ai pu exécuter cette automation directement depuis Discord via Hermes Agent. Un bot IA qui contrôle ma plomberie, c’est un peu le futur.

Reverse proxy : le piège du 400 Bad Request

Si vous exposez Home Assistant derrière un reverse proxy Nginx (ce que je recommande pour avoir du HTTPS), vous tomberez presque certainement sur une erreur 400 Bad Request.

C’est un problème classique documenté sur le forum Home Assistant. La cause : HA rejette les requêtes qui ne proviennent pas d’une source de confiance.

La solution, c’est d’ajouter l’IP de votre reverse proxy dans la configuration :

  1. Installez le add-on “File Editor” depuis la boutique
  2. Ouvrez le fichier configuration.yaml
  3. Ajoutez :
http:
  use_x_forwarded_for: true
  trusted_proxies:
    - 192.168.1.100  # IP de votre serveur Nginx
  1. Redémarrez Home Assistant

C’est bête, mais sans cette ligne, vous ne pouvez pas accéder à votre instance depuis l’extérieur. Et c’est justement le but.

Les intégrations qui changent la vie

Voici celles que j’utilise le plus :

  • Netatmo : thermostat, station météo indoor/outdoor. Fiable, données en temps réel.
  • OctoPrint : pour l’imprimante 3D. Caméra, températures, avancement.
  • Synology DSM : surveillance complète du NAS. Alertes proactives.
  • Freebox : état du réseau, Player, télécommande.
  • DAB Pumps : pour le surpresseur. Surprenant mais utile.
  • Brother HL-L3270 : niveaux de toner, compteur de pages.
  • Companion App (iPhone) : localisation, batterie, données d’activité.

Chacune de ces intégrations m’a évité au moins une fois de constater un problème trop tard.

Sauvegardes : pas négociable

Home Assistant fait des sauvegardes automatiques quotidiennes. C’est inclus dans le core, pas besoin de plugin.

Mais moi, je vais plus loin : je sauvegarde aussi la configuration vers mon NAS Synology. Si la VM crash, je peux restaurer en quelques minutes.

La leçon, c’est qu’une domotique sans sauvegarde, c’est un château de sable. Un jour ou l’autre, quelque chose tourne mal.

Ce que j’aurais voulu savoir avant de commencer

  1. Les IP statiques, c’est obligatoire. Si vos appareils changent d’IP, les automatisations cassent. Réservez-les dans votre DHCP dès le départ.

  2. HACS, installez-le tout de suite. Les intégrations communautaires sont souvent meilleures que les officielles.

  3. Ne pas tout connecter d’un coup. Ajoutez un appareil, configurez-le, testez-le, puis passez au suivant. Sinon, c’est le chaos.

  4. Le YAML, c’est puissant mais dangereux. Une faute de syntaxe et vous pouvez casser toute votre config. Utilisez l’éditeur visuel quand c’est possible.

  5. Les automatisations, ça s’affine avec le temps. Ma première règle était trop simple. Après deux semaines, je l’ai ajustée trois fois. C’est normal.

Bilan

Six mois après l’installation, Home Assistant est devenu le centre nerveux de mon homelab. Je ne suis pas devenu un expert domotique, mais j’ai un système qui me parle, qui m’alerte, et qui me fait gagner du temps.

Le plus important, c’est pas les gadgets. C’est de pouvoir dire : “est-ce que tout va bien chez moi ?” et avoir la réponse en trois secondes.

Si vous avez un homelab et que vous hésitez, lancez-vous. L’installation prend 30 minutes, et le retour sur investissement en tranquillité d’esprit est immédiat.

La prochaine étape pour moi ? Automatiser davantage les seuils d’alerte sur la qualité de l’air intérieur (CO2, humidité). Avec les données de la station Netatmo, c’est à portée de main.